Retour au format non-imprimable



Le dentiste


Le chirurgien-dentiste dispense aux patients des soins bucco-dentaires. Il participe à la prévention de manière générale, en permettant de dépister d’une part les cancers buccaux et d’autre part d’autres maladies, qui présentent des signes détectables lors d’un examen buccal (troubles digestifs liés à une mauvaise haleine, carences osseuses, herpès, toxicomanie, etc.). Il pourra alors conseiller la consultation de spécialistes pour procéder à des examens complémentaires.

Le chirurgien-dentiste traite les handicaps liés à l’absence de dents, tant au plan fonctionnel qu’au plan esthétique (prothèses...). Il corrige les défauts de positionnement des dents par des traitements d’orthodontie. Il peut aussi rétablir une fonction masticatoire harmonieuse prévenant ou corrigeant ainsi des troubles musculaires et articulaires de la face.

L’examen dentaire est recommandé tous les 6 mois : les difficultés de mastication (pertes de dents, douleurs) peuvent à la fois entraîner des risques de dénutrition et des problèmes de déglutition et de digestion (par mastication insuffisante des aliments).

Le dentiste exerce en cabinet privé ou en centre de santé.

En savoir plus : www.sante.gouv.fr - rubrique emploi


Interview de Delphine HASSID, chirurgien dentiste

Question : Les personnes en situation de handicap (personnes âgées dépendantes, personnes handicapées) viennent-elles consulter chez vous spontanément ?

Entre 25 et 45 ans, les personnes ont été sensibilisées à la prévention bucco-dentaire, elles consultent leur dentiste tous les six mois, ce qui permet un contrôle régulier et un dépistage précoce de problèmes bucco-dentaires. Ainsi, des personnes handicapées jeunes viendront consulter comme les autres.

Malheureusement, les personnes plus âgées n’ont pas ce réflexe. Elles viennent consulter lorsqu’il y a une dent douloureuse, ou une dent cassée. Dans le meilleur des cas, on parvient à éviter l’extraction, mais lorsque la personne présente une maladie spécifique (troubles cardiaques, personnes sous coagulants), nous ne pouvons pas faire les soins en cabinet. Il faut alors les envoyer à l’hôpital, où elles seront prises en charge sur le volet médical et dentaire. A l’hôpital, ce sera l’extraction des dents douloureuses, puisqu’il n’y est pas fait de soins dentaires.

Question : Y a-t-il des particularités pour les soins dentaires de ce type de public ?

Les personnes âgées ont beaucoup de difficultés avec le brossage de dents. Elles n’ont pas une bonne connaissance du matériel à acheter (bien souvent, elles ont des brosses à dents « dures », qui détruisent les gencives), elles ne se brossent pas systématiquement les dents le soir et souvent ne brossent que la partie avant des dents. Ceci entraîne de nombreux problèmes : plaque dentaire, déminéralisation des os, etc. Ces problèmes peuvent se coupler à des maladies bactériennes, qui sont dues à la sècheresse buccale présente chez les personnes très âgées ou à de l’ostéoporose, qui provoque de la mobilité dentaire et la perte de dents. Or, les soins dentaires chez ces personnes sont délicats car souvent on ne peut pas leur demander de rester allongées la bouche ouverte pendant le temps nécessaire des soins.

De la même façon, les personnes handicapées motrices peuvent également avoir des difficultés pour subir des soins longs qui impliquent de pouvoir garder la bouche ouverte pendant un certain temps.

Enfin, les personnes handicapées mentales sont très difficiles à soigner : elles peuvent avoir des crises de panique à cause du matériel bruyant, et de l’environnement du cabinet dentaire. Il faut donc avoir une pratique particulière pour ce type de public : procéder à un examen global rapide, expliquer les soins que l’on va faire, et éviter les soins longs.

Pour toutes ces personnes, à partir du moment où des soins longs et complexes sont requis, mais que nous nous trouvons dans l’incapacité de les faire, nous sommes obligés de procéder à l’extraction dentaire et la pose de prothèse. Cette pose de prothèse a un coût important pour la personne, mal remboursé par la sécurité sociale, mais c’est une solution qui évite d’avoir une grosse perte de l’efficacité masticatoire. Heureusement, nous voyons des cas qui peuvent encore connaître des solutions, même temporaires. Je me souviens d’une personne sourde en fauteuil roulant : pour la soigner, il m’a fallu enfreindre certaines règles puisque j’ai du ôter mon masque afin de lui permettre de lire sur mes lèvres. Il était primordial de lui fournir les explications sur les soins qu’elle recevait. Cette personne avait une carie et un problème de gencive, dû à un bourrage alimentaire. Il y a cinq ans, on aurait considéré que cette dent posait un problème et on l’aurait retirée. Aujourd’hui, la pratique est différente : on va essayer d’expliquer le mieux possible les mesures d’hygiène à prendre pour éviter de nouveaux problèmes de gencive (utilisation de fil dentaire) et on va temporiser, en essayant de garder la dent le plus longtemps possible.

Deux autres publics peuvent présenter des spécificités :
-  les personnes sous traitement particulier (chimiothérapie, antidépresseurs) ont un assèchement de la glande salivaire très marqué, ce qui est source de tartre et de caries à répétition. Leur hygiène buccale doit donc être impeccable pour éviter ces effets secondaires encore mal connus.
-  les familles en difficulté : les dentistes sont dans l’obligation de leur assurer des soins, mais les prothèses ne sont pas obligatoires, et très peu remboursées (10%). La mauvaise alimentation entraîne des carences qui ont des répercussion sur l’os et l’émail. Mais ces personnes ont bien d’autres soucis à régler avant de s’occuper de leurs dents : elles viennent donc se faire soulager, mais les soins reçus en consultation (en centre de santé pour la plupart) restent souvent sans suite.

Question : Avez-vous des recommandations spécifiques pour ce public ?

Puisqu’il est difficile de soigner ce type de public, nous devons absolument mettre en avant la prévention. Ainsi, nous nous efforçons d’expliquer de façon détaillée le brossage des dents, la prise de bains de bouche lorsque cela est nécessaire et l’utilisation du fil dentaire. Nous préconisons également les contrôles réguliers, qui permettent d’éviter de faire des soins longs. La prévention est encore une fois essentielle pour permettre à toutes ces personnes de garder des dents saines tout au long de leur vie.